
Triste nouvelle, le chef de race Quatar de Plape est mort il y a peu.
Sauteur génial n’ayant pas eu l’opportunité de prouver son aptitude en concours malgré les demandes de cavaliers, Quatar a produit une pléiade de sauteurs dont Vague de la Coste ISO 160, VOX
II ISO 144, Alizee de Neuvil ISO 157, Bedjaia Reve ISO 147, Bandy III ISO 140, Eden III ISO 140, Emir d'Olympe ISO 146, Quercus du Maury ISO 161, Fleur de Rose ISO 146, Iris des Bois
ISO 141, Araguaia ISO 147, Jade du Clos ISO 142, Jivaro de Bacon ISO 147, Jixi du Mas De Bor CSI, Jour A Bord ISO 141, Jurassienne ISO 140, Loco du Comtal ISO 147, Nill de Puychety CCI, Nounours
Lamblardie CSI, Laziza d’Herannet CSI…
Dans l’actualité on notera Cathar de Gamel et Neo du Breuil qui tournent
avec succès en épreuves Pro CSO et CCI mais aussi Prelud de la Bergerie ISO 140, Rock'n Roll Animal et Orient du Py qui s’illustre actuellement en Gp CSI3*.
Longtemps dénigré, Quatar de Plape s’est imposé par la qualité de sa
production grâce à la confiance qu’avaient placé en lui quelques éleveurs avertis. Issu d’un papier détonnant (un père avec du sang sur une mère avec beaucoup de sang !) Quatar était tout
simplement un géniteur de premier plan.
Au moment de sa disparition il convient d’évoquer son incroyable histoire
en republiant un article déjà paru sur ce blog voici quelques temps. En prime quelques photos totalement inédites qui n’ont jamais été publiées que ce soit sur le web ou sur papier.
Une origine maternelle exceptionnelle
:
Tout commence dans les années 40. Louis DELIEUX, éleveur Gersois, achète
une petite jument Anglo-Arabe venue de Saint Gaudens : FLOBERIE (née en 1941 par Caprice VIII et Flora Rosebery II par Mirliton). Cette dernière n’avait pas été retenue par la commission de
remonte de l’armée car elle ne toisait pas la taille réglementaire, mais son modèle exceptionnel fit dire quelques années plus tard au directeur du haras de Tarbes : « elle est parfaite mais
n’est que petite ».
Photo: Louis Delieux et Floberie - Coll
Delieux
CAPRICE VIII n’a pas laissé un souvenir impérissable aux éleveurs de
chevaux de remonte de l’époque mais on notera qu’il est tout de même le grand père de la championne Olympique AIGLONNE et le père de QUINOLA (grand-mère d’UZEL DE LA TOUR, voir fiche de NATHAN DE
LA TOUR ou POTTER DU MANAOU). MIRLITON était quand à lui assez populaire à l’époque où l’Anglo-Arabe n’était ni un cheval de sport, ni un cheval de course, mais un cheval de troupe.
Comme de nombreuses juments Anglo-Arabes de l’époque, FLOBERIE était
utilisée à l’attelage par son propriétaire. Bien que peu pratique pour cet exercice car trop chaude et énergique, elle parcourait ainsi régulièrement 120 kilomètres dans la journée pour aller et
revenir à Montauban ou Saint Gaudens ! Le sport se développant elle fut essayée en concours hippique par Louis DELIEUX à partir de l’âge de 10 ans. La qualité étant là, FLOBERIE devint rapidement
l’un des meilleurs chevaux du sud ouest de l’époque, remportant au passage deux fois le titre de « champion des pays d’Oc ».
Au terme d’une carrière riche de 678.525 francs de gains, gratifiée de la
mention ECH, elle fut mise à la reproduction. Sa production fut à la hauteur de sa qualité : 3 gagnants en sport sur 5 produits.
Photo: LDjecko - Coll HN
Si les qualités intrinsèques de FLOBERIE sont incontestablement en parti
responsable de la réussite de sa production, il convient de s’attarder sur l’étalon auquel elle fut plusieurs fois confiée : DJECKO.
DJECKO était un petit alezan, très épais, dont les jarrets et le
caractère avaient mauvaise presse à Tarbes. Cheval de course modeste délaissé par les éleveurs, il frôla la réforme à huit ans, et sans l’intervention de Louis Delieux il n’aurait sans doute
jamais continué à faire la monte. Pour expliquer la démarche de l’éleveur il convient de rappeler un événement peu connu du grand public : « Avec le sous-directeur du haras de Tarbes de l’époque,
nous faisions sauter Djecko en cachette dans le manège du haras. Djecko sautait très bien. Il a légué cette volonté terrible et ce caractère. Ses produits étaient très respectueux et très
stylistes, très volontaires aussi ». Plusieurs décennies avant la majorité des éleveurs, la sélection des reproducteurs par l’aptitude débutait ainsi à l’élevage du Plapé. DJECKO saillira peu au
regard de sa qualité mais certains de ses produits iront jusqu’en CSIO et plusieurs de ses filles font partie des meilleures juments du stud-book Anglo-Arabe.
Pour plus d’informations sur Djecko veuillez vous reporter au N°309 de
Mars 2011 de L’EPERON.
Photo: Louis Delieux et Flore en épreuves jeunes chevaux - Coll
Delieux
De l’union de DJECKO et FLOBERIE naitront :
- Floreal,
4ème des 4 ans, 2eme des 5 ans puis CSIO pour l’Espagne
- Florestan,
4 fois de suite parmi les 4 premiers du championnat de France des cavalières
- Flore, 4ème
des 4 ans, championne des 6 ans AA puis CSI avec Louis Delieux
- Florelle,
mise rapidement à la reproduction.
Photo: Hasard- Source L'EPERON
Avec l’anonyme ABIRON, FLORE (Djecko et Floberie) donnera naissance à
HAZARD ISO 167. Ce cheval styliste, mais quelconque au modèle, terminera second du championnat de France puis tournera en CSIO gagnant au passage deux épreuves à Aix la Chapelle.
Avec le Pompadour NOVILLO, FLORE donnera naissance à NADI BEN NANA,
jument prés de terre, étendue, avec de l’épaisseur et un dos souple. Chez Benoit TERRAIN, sous l’affixe Vergoignan, elle léguera cette l’aptitude au saut qu’elle montrait en liberté. Son meilleur
produit VLAN DE VERGOIGNAN (par Fol Vent), « très félin avec une très bonne technique » fera le bonheur de Philippe CASAS en Gp A1 (ISO 153) dès l’âge de 7 ans après avoir brillé à la finale des
6 ans (3ème du critérium et 6ème du championnat). ULA VERGOIGNAN ira produire des gagnants chez un éleveur Italien, tandis qu’ARLETY VERGOIGNAN sera exportée au Portugal après avoir remporté le
régional de Pau et produit deux « Vergoignans ». ESPOIR VERGOIGNAN (fils d’Arletty) sera accidenté en fin de 5 ans après avoir remporté le concours étalons à 3 ans. NELSON VERGOIGNAN, petit fils
d’ARLETY, débute en CCI.
Photo: Sa Ida de Plape
et Genevieve Le Gall - Coll Delieux
SA IDA DU PLAPE (finaliste à 5 ans) a produit le très Anglo-Arabisé DANDY
DU PLAPE, qui semble léguer à sa production un sang et un courage dont il a lui-même fait preuve en concours (4 fois sur le podium des championnats de France Pro II et Cavalières).
Fils de gagnante internationale, frère et neveux de gagnants en CSIO, les
qualités du pédigrée de QUATAR DE PLAPE ne s’arrêtent cependant pas à son origine maternelle. Son origine paternelle fait elle aussi référence dans le stud-book Anglo-Arabe.
EMIR IV, une grande perte pour le stud-book
Anglo-Arabe :
Disparu après trois saisons de monte, EMIR IV (Israel et Estella par
Nithard) provenait de la fameuse souche de la famille MAISONNAVE, dans l’Adour. Sa propre sœur ETOILE DU BEARN fut l’une des meilleures juments internationale de son époque et cette souche
maternelle a produit une pléiade de gagnants : Lelia championne de France de CSO, Krishna Fontaine ISO 141, Fox trot corubert ISO 146 classé A1 gagnant A2, In Love Corubert ISO 137 gagnant 1m30
classé 1m35, Krescendo Corubert ISO 131 classé 1m50 et CSI***, Mirandola Gp 1m50, Op la Fontaine ISO 143, Sarastro ISO 146, Hel’as CSI, Volvicq CSI, Eureka VII ISO 144, Groom du Pin ISO
151...
Photo: Emir IV source L'EPERON
EMIR IV aussi beau que pétri de sang, avait exprimé toute sa qualité en
concours en obtenant un ISO 140 à 6 ans. De ses trois saisons de monte sont nés 50 produits dont NICOMEA ISO 177, PRELE D’ARMONT ISO 146 et GENTIANE DU MAURY ISO 155. A sa mort l’Anglo-Arabe de
sport a perdu l’un des meilleurs reproducteur de sa génération.
Au sujet du croisement entre FLORE et EMIR IV, Louis DELIEUX nous
confiait avoir choisi EMIR IV « car il représentait l’occasion d’utiliser l’un des premiers performers lorsqu’il est arrivé à Tarbes. Bien que je n’aimais pas vraiment ISRAEL, je l’ai utilisé, il
avait une bonne souche». Comme pour Djecko, l’aptitude et l’origine maternelle ont primé sur les « canons de l’époque ».
Une carrière mouvementée :
Georges MOUTET avait été impressionné par les débuts d’ETOILE DU BEARN
sous la selle de Claude JOIGNEAU. Avec cette image en tête, il s’était porté acquéreur du futur étalon issu du propre frère d’Etoile et de la toute bonne souche de son naisseur Louis DELIEUX.
Qualifié par Michel FAUMONT pour le régional de Mont de Marsan (qu’il remporte) il sera par la suite préparé par Claude JOIGNEAU pour le concours étalon. Claude JOIGNEAU, la seule personne à être
monté sur QUATAR DE PLAPE, en parle comme « un vrai cheval qui sautait et galopait vraiment » lorsqu’il l’avait testé sur un parcours dans sa carrière. Le sérieux de son modèle et de son origine
lui ouvrait les portes du concours étalon qu’il remportera (en ayant été engagé sans que son propriétaire, effrayé à l’idée de présenter un étalon monorchide, ne le sache !).
Photo: Quatar de Plape et Claude Joigneau au
concurs étalon - coll Joigneau
Malheureusement, du fait de sa monorchidie, son achat par les Haras
Nationaux ne fut pas aisé. Dénigré par une partie de l’Anglo-Arabie et de la presse, c’est sur l’insistance de Claude JOIGNEAU (qui l’avait fait sauter en liberté pour prouver son aptitude), la
qualité de son origine et les espoirs placés dans son père trop tôt disparu, que le haras de Tarbes acquis celui qui se révélera plus tard être un reproducteur d’exception.
Devenu national, la carrière d’étalon de QUATAR DE PLAPE était pourtant
loin d’être lancée. Délaissé pour les mêmes raisons qu’il avait été dénigré au moment de son achat, il fut même question de le réformer. Une poignée d’éleveurs (Benoit TERRAIN, la famille
BOUCHARD…) et Claude JOIGNEAU, comme Louis DELIEUX avec DJECKO quelques décennies auparavant, firent pression pour le garder à Tarbes en l’utilisant.
On reprochait à QUATAR de ne pas toujours produire des chevaux de taille
suffisante ou des gravures au modèle, en faisant abstraction de leur qualité sur les barres : respectueux, pétris de sang, avec de la frappe et un vrai coup de patte… en un mot l’aptitude au saut
! QUATAR DE PLAPE ne fut utilisé sérieusement que dans la seconde partie de sa carrière.
Un Quatar qui ne saute pas, ça n’existe pas
!
La descendance de QUATAR victorieuse en concours est trop nombreuse pour
être énumérée mais il nous laisse au crépuscule de sa carrière des fils et filles dont l’Anglo-Arabe de sport ne saurait se priver. Au moment de sa disparition sa production est toujours
d’actualité en concours. A l’élevage la pérennité de son sang est assurée par ses filles et fils comme Quercus du Maury, Orient du Py, Rock N Roll Animal ou Jivaro de Bacon.
Claude JOIGNEAU, ému lors de l’hommage rendu en public à QUATAR DE PLAPE
à Saint Etienne de Tulmont en 2010, nous confiait avoir gardé une affection particulière pour cet étalon (au point d’avoir conservé en souvenir le numéro de têtière utilisé au concours achat en
1985 !) avant d’ajouter « C’est un père hors du commun mais je pense qu’il sera encore meilleur en tant que père de mère ».
Photo: Quatar de Plape -
crédit Maryilin Barbé
Quatar de Plape est entré dans l’histoire.